L'histoire du Rex

 

Son origine

L'origine du Rex est bien connue : M. Caillon était agriculteur à Coulongé dans la Sarthe ; un jour, dans une nichée de lapins gris, apparut un petit lapereau mâle qui resta 3 semaines sans poils.

Il vécut, mais se distinguait ensuite des autres par sa fourrure brune, très courte et sans poils longs. C'était en 1919. Dans la portée suivante : le même phénomène ; mais c'était une femelle. M. Caillon croise le frère et la sœur, une fois arrivés à l'âge adulte. Et les jeunes issus de ce couple étaient tous à poils ras. Cet agriculteur fit part de sa découverte à l'abbé Amédée Gillet, curé du village. Celui-ci, fort intéressé, se mit à les élever. Après des croisements consanguins et quelques difficultés, il fixa le caractère à poil court et la couleur Castor. En 1923, une peau fut présentée à l'exposition du Grand Palais à Paris. Et en 1924, l'abbé Gillet présentait une série importante de ses lapins. Ce curé avait appelé cet animal le "lapin roi" ; le latin étant couramment compris par les curés et roi se traduisant par REX en latin. Sa collection de lapins se montait à environ 400 sujets. Il était alors le seul possesseur de Rex au monde. Les Anglais lui en offrirent un million (de l'époque) ; il refusa.

Mais, le Rex ne tarde pas cependant à se répandre. On le trouve rapidement en Allemagne, où les éleveurs débarrassent cette race de toutes ses tares d'origine : coryza, lésions diverses, stérilité ... En mars 1925, Eugène Kohler,  professeur à la Faculté de lettres de Strasbourg, crée les Rex de couleur (Fauve, Noir, Chinchilla, Herminé...). Le docteur Bérard contribue aussi à l'essor de cette race dans notre pays. Dès 1929, Yves Olivier de la faculté des sciences de Nancy, consacre un livre entier de 96 pages à cette race ( "L'élevage du Castorrex") . Parmi les initiateurs de cette race, il faut aussi citer le professeur Lienhart. Sans oublier, Alex Wiltzer,   (ancien président de la SCAF) qui, dès 1924, est allé chercher des sujets chez l'abbé Gillet. Son témoignage est parfaitement décrit dans un ancien numéro de la Revue Avicole. Je transcris ici une partie de son article :

"Coulongé est un petit bourg dans la Sarthe, de 1200 habitants, surtout d'agriculteurs. L'abbé Gillet était le curé de ce village dont les paysans étaient très anticléricaux et n'aimaient pas le curé. L 'abbé Gillet m 'expliqua qu 'il ne pouvait plus leur parler de religion. Pour vivre avec la population et passer son temps, il fréquentait les bistrots du coin où tout se passait pour le mieux à condition qu 'il ne parle pas de religion. Le dimanche, à l'église, il officiait avec comme seul auditoire, sa bonne et l'enfant de chœur qui était un garçon d'une douzaine d'années et qui aussi l'aidait pour soigner les lapins. Il me disait qu 'il ne voyait les gens qu 'à la naissance, pour le baptême, et encore pas tous, et tous pour l'enterrement".

L'abbé Gillet était un homme frustre et travaillait en manœuvre. Il vivait dans un vieux presbytère qui aurait eu besoin de réparations, mais avec un conseil municipal aussi anticlérical, toute réparation était évidemment exclue. Il nettoyait lui-même son église, sonnait les cloches et était certainement pauvre. A la suite de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, les curés n'étaient plus payés depuis 1905.

L'abbé Gillet a exposé pour la première fois 6 Castorrex en 1924 au Salon International d'Aviculture de Paris. Ses lapins ont fait sensation, mais ils n 'étaient pas à vendre. Il voulait en produire quelques centaines et les vendre avec son brevet de créateur pour des millions de francs, c'est-à-dire :faire une grosse affaire. Cela n 'a pas réussi pour plusieurs raisons que nous allons expliquer par la suite.

L'abbé Gillet m'a raconté que rencontrant un des cultivateurs Désiré Caillon, celui-ci lui avait dit qu 'il avait des lapins tout nus. Le curé a répondu que c'était normal que tous les lapins naissaient nus, sur quoi M. Caillon a rétorqué : " Mais ces lapins sont déjà adultes, ils sont d'ailleurs très vilains puisqu'ils ont la peau ridée et fripée.". L'abbé répondit qu'il allait les voir. Il me dit que M. Caillon n 'était pas un éleveur de lapins mais qu 'il avait quelques lapins communs qui couraient sous les vaches pour manger le foin qu 'elles gaspillaient. Ces lapins étaient naturellement destinés à la boucherie.

M. Caillon donna donc au curé 2 lapins nus qui étaient par hasard, et par chance, un couple. Le curé qui, n 'avait pas de lapins, construisit un clapier pour loger ces 2 sujets. Beaucoup mieux nourris qu'ils ne l'étaient chez le paysan, au grand étonnement du curé, commencèrent à leur pousser des touffes de poils très soyeux. Cela se passait en 1919. Au fur et à mesure, l'abbé Gillet construit lui-même des cabanes d'un mètre carré toutes sur une rangée dans sa cour. L'abbé m'a raconté qu'il a commencé par croiser ses lapins avec des lapins ordinaires et que cela ne donnait rien. Il m'a effectivement montré une grange dans laquelle il y avait une cinquantaine de lapins gris au poil ordinaire. Il m'a donc dit qu'il était inutile de faire de pareils croisements, que c'était perdre son temps.

L'abbé Gillet n'avait aucune notion de génétique, de sélection, et il n 'était même pas curieux de se renseigner et d'apprendre. En vérité, ces lapins gris étaient des demi-sang, avec lesquels nous avons, ultérieurement le professeur Kohler et moi, par une sélection judicieuse et en appliquant la loi de Mendel, obtenu les Rex de couleur. Ce que M. l'abbé Gillet ignorait, et c'est pourtant l'A.B.C. d'un éleveur, c'est que ces 2 lapins qu'il avait ainsi reçus étaient déjà très consanguins et qu 'on ne pouvait pas obtenir des centaines de lapins de ce couple en croisant les parents avec les fils et petit-fils sans jamais y apporter un nouveau sang. La multiplication des lapins que l'abbé Gillet voulait réaliser de 1919 à 1924 n 'a pas réussi.

Il y avait à peu près 150 lapins en 1924 lorsque je suis allé le voir une première fois sur place à Coulongé. Ces lapins portaient en immense majorité les signes de dégénérescence dus à la consanguinité : de longues pattes décharnées, des croupes hachées, des pattes de devant en O et en X, des queues de travers, et du rachitisme. Avec cela, beaucoup de sujets qui avaient bien la fourrure Castorrex, c'est-à-dire un pelage soyeux fait de bourre et de jarre, atrophiée, avaient de grandes plaques dénudées notamment sur les cuisses ou dans la nuque. Beaucoup de sujets étaient aussi stériles.

L'abbé Gillet ne voyant pas de sortie avait pris contact avec 2 hommes d'affaires, on pourrait ajouter véreux. Cette association devait évidemment permettre l'élevage commercial du Castorrex. Personne n'avait une quelconque notion d'élevage du lapin. Evidemment il aurait été nécessaire d'avoir un généticien pour diriger et faire prospérer un pareil élevage. Il faut dire aussi qu'ils manquaient de capitaux, chacun des associés gardant soigneusement l 'argent résultant des premières ventes.

J'ai été voir l'abbé Gillet en 1924, c 'est à dire après l'exposition de Paris, et lui ai acheté un très beau mâle Castorrex, au prix astronomique de 6000 F. J'ai ensuite acheté une femelle de chaque race de lapin, que j'ai toutes croisées avec le mâle Castorrex. Il n'y en est sorti que des gris garenne à poil ordinaire, et qui malgré qu'ils étaient gris uniforme, étaient, pour un connaisseur, différents. Par exemple, les gris provenant de fauve avaient un reflet doré, les gris provenant de noir et feu, étaient d'un gris plus terne et plus sombre ... Tous ces sujets, croisés entre frères et sœurs, suivant les lois de Mendel, ont donné, après quelques années, de très beaux Rex de couleur.

J'étais, dès cette époque, très lié avec le professeur Kohler qui enseignait l 'espagnol à l'université de Strasbourg et qui habitait La Thumenau demeuré célèbre par le grand poète allemand Goethe qui y séjourna dans sa jeunesse. J'étais à cette époque étudiant en droit à l'université de Strasbourg, je voyais donc le professeur Kohler journellement et nous travaillions véritablement ensemble. Il y avait une troisième personne, un vieux juge alsacien M. Ruos, qui était spécialiste du lapin Chinchilla. N'ayant pas l'argent suffisant pour acquérir des Rex, il avait porté plusieurs femelles Chinchilla chez le mâle Castorrex du professeur Kohler et a ainsi obtenu les premiers Chinchillas Rex.

Personnellement, mes premiers Rex de couleur étaient des Lynx Rex que j'avais obtenus dans une famille de Havane. J'ai ensuite obtenu des Rex fauves. Chez le professeur Kohler étaient nés les premiers Rex Blancs et Rex Bleus.

   

Professeur E. Kohler

Un matin, j 'ai trouvé un mâle Castorrex mort, sans aucun signe de maladie. J'étais désespéré. Mon père qui voyait cette affaire sous une forme beaucoup plus commerciale me dit que puisque j 'avais maintenant tout mis en route, il fallait bien acquérir malgré le prix d'autres Castorrex et cette fois-ci un couple. Je me suis donc mis une deuxième fois en route et arrivais à Coulongé un début d'après-midi de novembre, il faisait gris et pleuvotait.

L'abbé Gillet avait une toute petite Citroën très vieille d'ailleurs, et m'attendait à la gare. Il m 'emmena chez lui et me céda un couple de Castorrex pour 10 000 F. Je choisissais, soigneusement ce couple et faisais surtout attention qu 'ils n 'aient de plaques dénudées, pensant à cette époque que c 'était une sorte de gale. Un jeune ouvrier cloua donc bien, devant nous, la caisse contenant les 2 lapins choisis et l'abbé Gillet m 'invita à prendre le thé. A l 'heure du départ, il chargea la caisse sur la petite voiture et m'accompagna à la gare.

Rentré chez moi, quelle ne fut pas ma surprise en ouvrant ma caisse : j 'avais 2 lapins avec de grandes plaques dénudées. Le curé ne m'ayant pas quitté, c'est ce jeune garçon qui, certainement sur l 'ordre de l'abbé Gillet, avait décloué la caisse et remis d'autres sujets. Je lui écrivais, scandalisé, une lettre. L 'abbé Gillet me répondit qu 'il n 'y comprenait rien, qu'il ne pouvait être question d'un changement de lapins et il en appelait même comme preuve à son ministère de représentant de Dieu.

" Le professeur Kohler eut des déboires d'un autre ordre. Il avait acheté un mâle qui ne reproduisait pas et son vétérinaire lui avait dit que ce lapin avait été castré. Le professeur Kohler traita l'abbé Gillet d'escroc. Ce dernier le cita devant les tribunaux en diffamation et le professeur Kohler fut condamné au minimum, c'est-à-dire à une amende. "

 

Sa fourrure :

Le pelage du Rex est donc caractérisé par la petitesse de ses poils. Il faut se rappeler que la fourrure d'un lapin est constituée de 2 sortes de poils : les poils de couvertures et les sous-poils. Les poils de couvertures appelés aussi poils de garde sont classés en 2 catégories : les poils recteurs ( ou jarres) qui ont surtout un rôle de soutien de la fourrure, et les poils tecteurs ( ou jarres en flamme) qui ont surtout un rôle de protection. Le sous-poil, aussi dénommé duvet ou bourre, joue le rôle d'isolant thermique ; ce sont ( chez les lapins " normaux ") les poils les plus courts.

On a cru longtemps que la lapin Rex ne possédait que des sous-poils ; mais, en fait, toutes les sortes de poils chez le Rex sont atteints de "nanisme": ce qui conduit à une diminution de la longueur et du diamètre de ces poils. Les poils de couverture semblent ainsi se confondre avec les sous-poils. La longueur des poils doit être comprise entre 16 et 20 mm : ce qui donne à l'animal un aspect " velouté" ou un " pelage de taupe ". C'est la finesse relative (mais pas excessive) des poils qui lui donne cette sensation "veloutée" au toucher. Bien sûr, il ne doit pas y avoir de poils dépassant les autres ( pelage appelé "jarreux") ; sauf peut-être légèrement sur les membres. La fourrure doit se tenir bien verticalement.

Le gêne " Rex " est récessif. C'est-à-dire que, si vous accouplez un Rex et un lapin à fourrure normale, en première génération, vous n'obtenez que des lapins à fourrure normale (du moins en apparence ). Et c'est seulement en 2ème génération, en accouplant les lapins de 1ère génération entre eux ( par exemple ) que vous obtenez de nouveau le caractère Rex. C'est ainsi, d'ailleurs, qu'ont été créées les différentes variétés de Rex. L'avantage du gène récessif, c'est que vous êtes sûr qu'il est pur : des lapins Rex, accouplés entre eux, ne donneront que des Rex.

Depuis le début de l'apparition du Rex, sa fourrure a fait l'objet de toutes les attentions. Dès 1925, un fourreur de Leipzig donnait son avis, dans un journal, sur la peau du Rex : " Nous avions douté, écrit-il à ce jour de l 'existence de cette race, de la possibilité de la chose. Nous en sommes convaincus maintenant et plus qu'étonnés, émerveillés. Jamais nous n 'avons rien vu d'aussi beau. On sait que toutes les peaux de lapins doivent être et sont éjarrées par l'industrie de la fourrure avant d'être mise dans le commerce. De plus, un grand nombre d'entre elles son teintes. La peau de Castorrex est la fourrure idéale, car elle nous dispensera de tout ce travail de préparation, elle pourra être utilisée dans son état naturel . . . "

En 1929, le professeur Lienhart écrivait : "L'heure n 'est pas éloignée où les splendides fourrures Rex feront prime, au point que l'industrie n'en voudra plus d'autres. Un jour très prochain viendra, où l'on n'élèvera plus que des lapins Rex. Qu 'on y réfléchisse bien, ceci n 'est pas un rêve l "

Malheureusement, la carrière de la peau de Rex ne fut pas aussi brillante que le professeur Lienhart l'avait prédit. Alex Wiltzer, dans une Revue Avicole de 1961, écrivait : " Lors de l'apparition du Castorrex en 1925, j'ai fait une enquête approfondie auprès de grandes maisons d'apprêt et de transformation de peaux . . . En leur montrant des peaux de Castorrex, elles m 'ont dit que si, théoriquement, cette peau leur paraissait intéressante, elle ne pouvait avoir une valeur pratique et commerciale qu'au moment où l'on pourrait l'offrir à des centaines de milliers d 'exemplaires sur le marché. Malgré la vogue exceptionnelle qu 'ont connue les Castorrex et les Rex par la suite, il faut dire qu 'il y eut très peu d'essais en France en particulier. pour produire en grosses quantités industrielles des fourrures. "

Les principaux autres caractères :

La qualité de la fourrure est, bien-sûr, le principal critère à considérer dans l'élevage du Rex. Dans le jugement aux points, la fourrure compte pour 70 points sur les 100 : 20 points pour la densité et la tenue, 20 points pour l'homogénéité et la longueur, 10 points pour la finesse et le velouté et 20 points pour la couleur, le dessin et les marques.

Parmi les autres critères principaux : la masse. Le Castorrex idéal pèse entre 4 kg et 4,75 kg ; les autres variétés entre 3,5 kg et 4,75 kg. Le corps est bien équilibré ; la tête un peu allongée ; les yeux bien ouverts. Les oreilles du Castorrex mesurent de 10,5 à 13,5 cm ; celles des autres variétés de 10 à 13 cm.

Une autre particularité du Rex : la quasi absence de vibrisses, c'est-à-dire de "moustaches ". Ceci est dû aussi au "nanisme " des poils du gêne Rex. Pour le lapin de Garenne qui vit dans la nature, ces vibrisses sont d'une grande utilité ; mais pour notre lapin de clapier, cela l'est moins (…

Jean-Claude PERIQUET, "extrait de la Revue Avicole"






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